La dérive.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   
Faire draguer sa mouche.
   

Enfant, lorsque j'allais à la pêche au coup avec mon oncle, que ce soit au bord d'un ruisseau ou sur les rives d'un étang des landes, il prenait toujours bien plus de poissons que moi.
Il ne faisait aucun doute qu'il connaissait parfaitement les coins et qu'il savait exactement le lieu et la profondeur où attraper le poisson. Par conséquent, je changeais ma profondeur pour avoir la même que la sienne et collais mon bouchon à deux centimètres du sien. Une fois sur deux, je prenais immédiatement... la ligne de mon oncle!
Lorsque j'avais raté sa ligne, il la déplaçait d'un bon mètre et prenait aussitôt un énième gardon...
Aujourd'hui, c'est avec ravissement que je revois les images de ces gardons frétillants à la moustache souriante du tonton Raymond mais à l'époque, je vous promets, j'avais ... les boules.
Mon oncle ne parlait pas beaucoup mais me voyant agacé, il me disait "Gilleu" -mon prénom c'est Gilles mais les gens du Lot et Garonne y ajoutent systématiquement un " u " pour être sûr de bien prononcer le " e " final. D'ailleurs, j'étais toujours surpris quand il prononçait mon prénom, " Gilleu ", il avait une drôle d'intonation, étrangement calme, parce habituellement mon prénom était plutôt hurlé dans l'espace en insistant sur le " i ", Gîîîîîîîîîlles!.... suivi d'un reproche quelconque, souvent inaudible, et conclu par un "mais qu'est ce que j'ai fait au Bon Dieu pour mériter ça ?"-
"Gilleu ", me disait-il, " il faut animer ton appât". C'est ce que les pêcheurs au coup appellent l'aguichage, le mouvement excite le poisson. Cet appât se trouvait être une pâte à potage qu'on appelait "plomb" et qui s'appelle aujourd'hui "perle". Je pensais fermement qu'il me disait cela pour ne pas me révéler son véritable secret car, personnellement, on aurait pu changer mon assiette à soupe de place, je n'aurais pas sauté dessus pour autant !
Nous voici quarante ans plus tard, la truite est postée à l'extrémité d'une toute petite veine d'eau d'à peine dix centimètres de large qui chemine au milieu d'un plat profond, parfaitement inanimé et limpide. Dès mon premier lancer, la truite s'approche de la mouche en mouvement mais lorsque la vitesse du courant s'estompe, elle s'arrête aussitôt. Pourtant tout est parfait : la truite est en poste et gobe, j'ai fait une approche discrète et je suis caché par un rocher, j'ai passé la pointe de mon bas de ligne dans la bouche afin qu'il coule, mon lancer a été d'une discrétion irréprochable, le poser impeccable, la mouche est tombée précisément au milieu de la petite veine d'eau en mouvement, je n'ai pas pratiquement pas de soie dans l'eau, la dérive de la mouche est parfaite …mais que se passe-t-il ? Pourquoi la truite n'attaque-t-elle pas ma mouche?
"Gilleu, il faut animer ton appât"... Ah oui, c'est ça, animer mon appât! Je m'exécute en levant légèrement la canne, la mouche drague sur quelques centimètres, la truite jaillit alors sur elle. Peut-être par agacement parce que je la ferre sous le ventre mais qu'importe, il s'en suit un rush court mais puissant d'autant qu'il m'a fallu la contenir dans un espace réduit où il n'y a pas de branches.

 
 
Ci-dessous, La Lagüe, le petit étang au milieu des landes où nous pêchions parfois avec mon oncle. Quant au petit garçon, c'est la descendance savoyarde qui assume mal sa filiation gasconne !
 

Même les hérons font draguer des mouches! Merci à "Mad fly pour cette vidéo.

 

 
   
Dérive réaliste = artificielle réaliste
   

Sous ce titre un peu provocateur, se cache une conviction : en eaux rapides, la dérive importe beaucoup plus que le type de mouche utilisé. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit ! Il arrive parfois, qu'elles préfèrent sans aucun doute une mouche à flottaison basse comme un sedge et à d'autres moments une mouche qui flotte très haut sur l'eau comme un palmer bien aéré.

J'ai rarement d'échecs cuisants avec mes trois mouches d'ensemble, néanmoins je suis convaincu que parfois, disons une fois par an, je ne prends clairement pas grand-chose, voire rien, sur une éclosion parce que je n'ai pas la bonne mouche. Cette proportion est tout autre dans les rivières calmes de plaine, mais ce n'est pas mon terrain de jeu favori.

Les toqueurs, même lorsqu'ils utilisent un appât naturel pour tromper une truite, prennent grand soin à proposer de belles dérives. Je suis intimement convaincu qu'en eaux rapides:

une artificielle devient réaliste lorsque sa dérive est le plus proche possible d'une dérive naturelle.

Comme le principal obstacle à cette dérive, est qu'elle est maintenue par un fil et une soie, il faut essayer de s'en affranchir chaque fois que cela est possible. L'erreur souvent commise est de sortir trop de soie. Cette soie, traînant dans l'eau, va créer une force parasite sur la mouche qui va l'éloigner du chemin qu'elle aurait suivi si elle avait été complètement libre de ses déplacements.

Lorsque cela est possible et qu'il n'y a pas d'autres solutions, comme poser la soie sur un rocher ou une branche, il faut s'approcher au maximum, sortir très peu de soie ( un mètre est souvent suffisant), lever la canne pour sortir aussi le bas de ligne et pointe de l'eau et enfin accompagner la dérive avec la canne par une rotation du bras autour de l'épaule.

Bien sûr, de tels lancers sont plus faciles avec une canne capable de propulser quelques centimètres de soie seulement (comme une 9' #3). Sinon, il faudra forcer avec le poignet ce qui est très rapidement pénible.

 
 
 
 

 

 
   

Ajustement aérien de la position de la soie

(mending aérien)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réponse dans la vidéo ci-dessous.
Comment pêcheriez-vous la zone B?
Deuxième chance.

 

Trop tard...

GOBAGE!!!!!!!!!!!!
qui reste "pêchante" pendant plusieurs secondes.
La soie dérive sans exercer de force sur la mouche,
Le courant y est plus faible.
La soie est projectée vers l'amont en fin de lancer avant qu'elle ne touche l'eau.

 

Correction à apporter

L'ajustement aérien
la soie tire immédiatement la mouche qui drague.
les courants n'ont pas les mêmes vitesses au niveau de la mouche et de la soie,
Si l'on pêche droit devant, dans la zone A:
Les zones concernées.
Les courants en présence.

 

Cliquez sur l'image

Diaporama "ajustement aérien"
 

 

En réalité, ma position est légèrement différente sur la vidéo et... il n'y avait pas de truite dans la zone A!

Bien évidemment, l'ajustement est fonction des vitesses des courants en présence et des distances de pêche. En montagne, il est très rare d'être obligé de faire un grand geste où la main décrit un large "C" ou un large "D".